Matière et lumière

...En photographie enregistrement et manipulation sont en promiscuité. Mais art et décoration sont inconciliables. Le désir d’harmonie leur est commun, le rythme aussi, mais ils différent par la plus intime e le plus décisif de la vie des formes: la tension qui habite le rythme. La décoration est dans ce monde, elle s’y intègre; l’œuvre d’art se constitue en monde séparé. C’est pour cela qu’elle est autonome, et tire son être de son équilibre interne.
Art et décoration ont vu varier leurs limites dans l’histoire. Dans les arts premiers elles n’étaient pas placées comme aujourd-hui. Certains grands artistes (Matisse) ont joué de leur contiguité. Mais leur séparation est permanente. Ils ont beau être dans un même espace phisique, ils ne sont pas dans un même espace esthétique.
Toute réalité peut être harmonieuse mais toute réalité n’est pas vivante. Le jazz nous offre un bon exemple: ni la régularité, ni la force, ni l’équilibre du tempe ne suffisent, il y faut le “swing”, cet imperceptible décalage qui fait que tout rebondit, prend vie et relance l’invention mélodique. Comme la respiration et les battements du cœur nous font vivre, mais aussi nous rappellent notre morte.
L’homme est libre en tout qu’il est un être pour la mort. Et l’esthétique est au cœur de la condition humaine, car elle est appelée à reconnaître les différentes formes de tension qui animent les
œuvres, et pas seulement leurs harmonies décoratives...


..In fotografia, registrazione e manipolazione sono in promiscuità. Ma arte e decorazione sono inconciliabili. Il desiderio di armonia è comune ad entrambe, anche il ritmo, ma esse differiscono per la parte più intima e decisiva delle forme: la tensione che abita il ritmo. La decorazione è in questo mondo e si integra con esso; l’opera d’arte si costituisce in un mondo separato. E’ per questo che essa è autonoma, e deriva il suo essere dal suo equilibrio interno.
Arte e decorazione hanno visto variare i loro limiti nella storia. Nelle prime arti esse non si ponevano come oggi. Certi grandi artisti (Matisse) hanno gioito della loro contiguità. Ma la loro separazione è permanente. Esse hanno un bell’essere nello spazio fisico, ma non sono in uno stesso spazio estetico.
Ogni realtà può essere armoniosa, ma non tutta la realtà è viva. Il jazz ci offre un buon esempio.: né la regolarità, né la forza, né l’equilibrio del tempo sono sufficienti, c’è bisogno dello “swing”, questa impercettibile differenza fa che tutto si riapra, prenda vita e rilancia l’invenzione melodica. Così come la respirazione e i battiti del cuore ci fanno vivere, ma ci ricordano anche la nostra morte.
L’uomo è libero fin quando è un essere per la morte. E l’estetica è al centro della condizione umana, perché essa è chiamata a riconoscere le differenti forme di tensione che animano le opere, e non soltanto le loro armonie decorative...

Jean Claude Lemagny